Transmettre son patrimoine personnel : donation, assurance-vie, démembrement

La boite à outils 2026

Pour transmettre son patrimoine personnel — épargne, immobilier, placements — le droit français offre une véritable boîte à outils, souvent complémentaires entre eux. Voici les principaux, avec leur logique et leurs chiffres 2026.

1. La donation et l’abattement de 100 000 €

C’est le pilier de la transmission de son vivant. Chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € à chaque enfant sans aucun droit à payer. Cet abattement se reconstitue intégralement tous les 15 ans.

Concrètement, pour un couple avec deux enfants, cela représente 400 000 € transmissibles en franchise de droits tous les 15 ans. En organisant plusieurs vagues sur une vie, ce sont des montants très importants qui échappent à la fiscalité.

Bon à savoir : les abattements existent aussi pour d’autres liens de parenté, avec des montants plus faibles — par exemple 31 865 € pour un petit-enfant, ou 15 932 € entre frères et sœurs.

2. Le don familial de sommes d’argent

En plus de l’abattement de 100 000 €, il existe un dispositif spécifique aux dons d’argent (article 790 G du Code général des impôts) : jusqu’à 31 865 € peuvent être donnés en franchise de droits, à condition que le donateur ait moins de 80 ans et que le bénéficiaire soit majeur. Cet abattement se cumule avec celui de 100 000 € et se renouvelle également tous les 15 ans.

Autrement dit, un parent de moins de 80 ans peut transmettre à un enfant majeur jusqu’à 131 865 € d’un coup, sans droits.

3. La donation-partage : figer les valeurs, éviter les conflits

La donation classique a un inconvénient : au décès, on « rapporte » les donations passées à leur valeur du moment, ce qui peut créer des déséquilibres si un bien a beaucoup pris de valeur.

La donation-partage résout ce problème : elle répartit les biens entre les héritiers de manière définitive et fige leur valeur au jour de la donation. Si la maison donnée à l’un des enfants double ensuite de valeur, cela ne remettra pas en cause l’équilibre du partage. C’est un outil puissant pour prévenir les conflits entre frères et sœurs.

4. Le démembrement de propriété : transmettre à moindre coût

Le démembrement consiste à séparer la nue-propriété (le fait de posséder le bien) de l’usufruit (le droit d’en jouir et d’en percevoir les revenus).

L’idée : donner la nue-propriété à ses enfants tout en conservant l’usufruit. Les parents continuent d’habiter le logement ou d’en percevoir les loyers, et au décès, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires.

L’intérêt fiscal est double : la donation ne porte que sur la valeur de la nue-propriété, calculée selon l’âge de l’usufruitier (article 669 du CGI). Plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété est faiblement valorisée — donc plus la donation est légère fiscalement.

Exemple. Un parent de 68 ans donne la nue-propriété d’un appartement valant 200 000 €. Fiscalement, la donation ne porte que sur 60 %, soit 120 000 €. Après l’abattement de 100 000 €, seuls 20 000 € sont soumis aux droits. Au décès du parent, l’enfant devient plein propriétaire, sans rien payer de plus.

5. L’assurance-vie : un régime de transmission à part

L’assurance-vie est le placement préféré des Français, et ce n’est pas un hasard : au-delà de son rôle d’épargne, elle bénéficie d’un régime de transmission spécifique, distinct des droits de succession. Les capitaux sont en principe transmis hors succession, directement aux bénéficiaires désignés.

La règle dépend de l’âge auquel les sommes ont été versées :

Versements avant 70 ans (article 990 I) : chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 €. Au-delà, la taxation est de 20 % (puis 31,25 % au-delà de 700 000 € par bénéficiaire).

Versements après 70 ans (article 757 B) : un abattement global de 30 500 € s’applique, mais les intérêts et plus-values générés restent, eux, totalement exonérés.

Cet avantage se cumule avec les abattements successoraux classiques. Pour un couple avec deux enfants, l’assurance-vie peut ainsi permettre de transmettre plusieurs centaines de milliers d’euros supplémentaires en franchise.

Point d’attention essentiel : la clause bénéficiaire. C’est elle qui désigne qui reçoit le capital. Une clause standard, non personnalisée, peut passer à côté de vos intentions. Elle mérite d’être rédigée avec soin, et actualisée au fil de la vie (mariage, naissance, divorce).

6. Le testament : exprimer ses volontés

Le testament reste l’outil de base pour organiser la répartition de ses biens, dans la limite de la réserve héréditaire (la part qui revient obligatoirement aux enfants). Il permet notamment d’avantager une personne au sein de la quotité disponible, de prévoir des legs particuliers ou de protéger un proche. Un testament olographe (rédigé à la main) est valable, mais le passage chez le notaire sécurise sa rédaction et sa conservation.

Combiner les outils : l’art de la stratégie

Ces dispositifs ne s’opposent pas, ils se complètent. Une stratégie bien pensée combine souvent plusieurs leviers :

Illustration. Un couple de 65 ans, avec deux enfants, peut : donner la nue-propriété de sa résidence secondaire (démembrement + abattement de 100 000 €), alimenter des contrats d’assurance-vie avant 70 ans (152 500 € par bénéficiaire), et prévoir une donation-partage pour figer l’équilibre entre les enfants. Le tout, échelonné dans le temps pour profiter du renouvellement des abattements.

L’essentiel est de partir de ses objectifs — protéger, aider, équilibrer — plutôt que du seul calcul fiscal.

Cet article a une vocation d’information générale et ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou patrimonial personnalisé. Les montants et règles cités sont ceux en vigueur en 2026 et peuvent évoluer. Chaque situation étant particulière, rapprochez-vous d’un notaire ou d’un conseiller en gestion de patrimoine de confiance avant toute décision.

Kardinal Cab

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